Juliette et Roméo au 13ème Art : Le ballet urbain qui réveille le mythe

Le Théâtre du 13ème Art s’attaque à un monument : le mythe de Roméo et Juliette. Loin des fioritures romantiques, cette version signée Tamara Fernando et Matthew Totaro mise sur une épure radicale où le corps devient le principal vecteur du récit. Entre rigueur contemporaine et codes urbains, le spectacle propose une vision athlétique et moderne de la tragédie shakespearienne. Une proposition audacieuse qui interroge autant qu’elle impressionne.

La technicité au service du drame

Le point d’orgue de cette adaptation réside indéniablement dans la maîtrise technique de ses interprètes. Ici, la danse n’est pas un simple ornement, mais le moteur de l’action. Maeva Lassere, dont le parcours force le respect (Ballet de Marseille, National Ballet du Canada, Opéra de Lyon), apporte une rigueur et une ligne académique irréprochable au rôle de Juliette.

Face à elle, Pierre d’Haveloose (London School of Contemporary Dance), remarqué lors de la cérémonie d’ouverture des JO de Paris, incarne un Roméo à l’énergie hybride. Le duo de chorégraphes impose une exigence physique rare, mêlant les lignes exigeantes du contemporain aux appuis ancrés de la danse urbaine.

Cette précision des portés et la fluidité des transitions traduisent la violence des affrontements sans jamais sacrifier la justesse du mouvement.

Une narration hybride entre texte et mouvement

Le choix d’intégrer le slam comme fil conducteur narratif constitue le pari le plus clivant, mais aussi le plus singulier de la pièce. Porté par la slammeuse Claïmax, le texte scande la performance et impose un rythme métronomique à l’ensemble. Si cette rupture avec le théâtre classique peut dérouter au premier abord, elle permet de resserrer l’intrigue sur ses enjeux psychologiques.

Cette alternance entre la parole scandée et l’expression corporelle crée un équilibre intéressant, évitant au spectacle de tomber dans le pur démonstratif pour conserver une structure dramatique solide. Le talent d’oratrice et la scansion de la narratrice offrent une colonne vertébrale sur laquelle les danseurs calibrent leur endurance.

Une atmosphère sonore néo-classique maîtrisée

Pour accompagner cette performance de 1h20, la partition de Fabrice Aboulker joue la carte de la sobriété efficace. En combinant des textures électroniques et des arrangements néo-classiques, la musique souligne l’austérité de la mise en scène sans chercher à la saturer.

Ce dépouillement visuel laisse toute la place à la performance des danseurs, dont la complémentarité des parcours — entre grandes institutions classiques et scènes underground — enrichit chaque tableau.

En définitive, cette version de Juliette et Roméo s’adresse à un public en quête d’une esthétique brute, privilégiant la performance athlétique et la modernité des formes à la narration traditionnelle.

Juliette et Roméo

13ème Art, 30 place d’Italie, 75013 PARIS

6 janvier au 8 février 2026

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